Walden Two de B.F. Skinner, aperçu

10 septembre 2009 par Robert Lachance

Table des chapitres. J’ai ajouté les titres.

  1. Jeunes humains en quête d’un meilleur avenir. Résumé
  2. Une visite guidée de quatre jours à six à une communauté intentionnelle. Résumé
  3. Un environnement pour mille personnes: isolé, bucolique, intriguant, à moins d’une heure d’autobus d’une moyenne ville.Résumé
  4. L’heure de la galerie, de la recherche de compagnie et du thé.Résumé
  5. Le souci du vêtement et de l’élégance. Résumé
  6. Les lieux résidentiels: chambres, promenade, salles de rencontre et de partage. Résumé
  7. La pièce de service, la table, les salles à manger et la vaisselle.Résumé
  8. Constitution de la communauté, financement, gestion et partage d’un bien commun. Résumé
  9. Rapports interpersonnels et le prix à payer pour la visite. Résumé
  10. Une économie d’avant-garde, vers l’autosuffisance. Résumé
  11. Du temps à volonté pour l’observation et l’accomplissement.Résumé
  12. Des bébés loin des microbes et en atmosphère contrôlée. Résumé
  13. Des bambins qui apprennent à gérer leurs émotions. Résumé
  14. Des bambins entraînés graduellement à l’adversité et à l’abnégation. Résumé
  15. Pas d’école primaire, secondaire, collégiale et universitaire. Résumé
  16. La maternité à 18-20 ans. Résumé
  17. Une vie en interdépendance communautaire plutôt que familiale nucléaire. Résumé
  18. Conversation sérieuse entre Rogers et le professeur. Résumé
  19. Destin historique des communautés et celui de Walden Two.Résumé
  20. La Bonne Vie, son implantation et quelques questions d’éthique.Résumé
  21. Steeve et Marie et la chance qui s’offre à eux. Résumé
  22. Une clinique santé modèle orientée prévention. Résumé
  23. Les rapports avec les voisins, l’état et le pays. Résumé
  24. Pour durer, l’expérimentation plutôt que l’endoctrinement. Résumé
  25. L’activité de membres au fil des étages à l’heure du thé. Résumé
  26. Les activités d’une dame au bord de la soixantaine. Résumé
  27. Un plan d’expansion par multiplication de communautés semblables pour faire mieux que la démocratie, sans histoire et avec abnégation. Résumé
  28. Le vocabulaire de Castle, le charme étudié de Barbara et les deux intérieurs de Frazier. Résumé
  29. Sciences du comportement, liberté, démocratie, despotisme et communisme. Résumé
  30. Coup d’oeil panoramique après la pluie et coup de théâtre. Résumé
  31. Irréconciliables intérêts antagonistes entre le philosophe et l’organisateur. Résumé
  32. Frazier: faire son chemin dans l’oubli de soi, la science, un accomplissement, Walden Two, une ambition: créer le superorganisme pour la survie de l’humanité… Résumé
  33. … bref, un peu comme Jésus, donner de sa vie pour sauver le monde et sans fausse modestie, rivaliser avec Dieu. Résumé
  34. Sur terre, un mouton ignorant expose une faiblesse de la punition comme méthode de contrôle. Résumé
  35. Départ, séparation, conversation, réflexion, décision et longue marche. Résumé
  36. Épilogue. Résumé

Walden Two de B.F. Skinner, chapitre 36

9 septembre 2009 par Robert Lachance

Épilogue.

On retrouve Burris et Frazier en train de discuter de la nécessité d’ajouter ce dernier chapitre à Walden Two qui a été commandé par l’Office d’information. Burris préfère laisser au lecteur le soin d’achever l’oeuvre, Frazier souhaite une fin claire pour que le lecteur ne risque pas de conclure qu’en cours de route, Burris aurait attrapé une pneumonie mortelle ou renoncé à la Bonne vie pour la Grosse vie après avoir accepté, fatigué de marcher, la générosité d’un automobiliste.

Le livre est complet, il présente Walden Two: un concept, une idéologie, un conte philosophique, plusieurs sujets de controverse dont Dieu, une communauté où l’expérimentation se vie, un ajout à l’histoire cent ans après le Manifeste de Marx et Engels, un regard lucide sur l’atteinte de la démocratie, l’amorce d’une solution de rechange, la mèche d’une alternative à l’Ordre marchand, une autopsychanalyse de l’auteur et finalement une suggestion pour la survie de l’humanité.

Il pourrait contenir en plus la note personnelle de l’auteur qui suit: la marche d’environ 100 kilomètres dure trois jours. Burris en profite pour penser à une demi-douzaine d’objectifs personnels: sa démission, ses affaires, ses ambitions à demi- satisfaites des dix dernières années, leurs suites possibles à Walden Two, enseignement et recherche, musique et lecture, sans oublier pour sûr l’écriture et le temps de penser mais encore plus, du temps pour se reposer.

Il arrive à midi, le pas léger, en forme. La première personne qui l’accueille, chaudement, est Steve et il en est ému. Devant lui, la communauté est bien comme il se l’était imaginée en route et il en est bien content. Là-haut, sur le Trône, personne. Le monde se porte bien.

Walden Two de B.F. Skinner, chapitre 35

8 septembre 2009 par Robert Lachance

Départ, séparation, conversation, réflexion, décision et longue marche.

La visite est terminée. Le groupe dîne sans attendre Frazier. Un camion vient les prendre peu après. Frazier apparait et vient leur serrer la main. Quand vient le tour de Castle, Il lui dit: « vous nous avez furieusement donné à réfléchir ». Celui de Burris, « revenez ».

Après une demi-heure de route de campagne aux allures de vacances assis sur des balles de foin dans la boite du camion, ils arrivent à l’autobus. La séparation d’avec Mary et Steve se fait rapidement.

Burris se trouve une place seul à l’arrière de l’autobus, ce qui lui laisse le loisir de réfléchir. Le trajet est rapidement complété. Il se sépare de Barbara et Rogers qui restent en ville et se retrouve à nouveau seul avec Castle en attente à la gare. Là, il a droit au résumé d’un long discours où il faut deviner les bouts sautés: « D’un point de vue logique, psychologique et factuel, Walden Two est impossible, tôt ou tard, quelqu’un aura Frazier avant qu’il ne soit trop tard, l’histoire le démontre… l’ingénierie du comportement, c’est de la pensée magique… habilement masqué mais de l’embrigadement tout de même, il n’a pas lu Platon, Rousseau, John Stuart Mill… au point de vue naturel, la famille à un fondement biologique… ».

Burris sait ce que Frazier aurait répondu à ça: « Il n’y a rien de commun entre Walden 2, lui et des utopistes qui ont fait l’histoire… les procédés de modification du comportement existent, observez les vendeurs, les prêtres, les éducateurs… un vieux livre est un soulagement et une consolation pour qui échoue à découvrir dans un nouveau domaine de la science… le sens de la famille relève de la culture parce qu’il varie selon ces dernières. La famille n’est plus une unité sociale ou économique efficiente pour transmettre une culture saine, elle doit être remplacée par une communauté de dimension expérimentée… ».

Pendant que Castle s’excuse et se rend à la toilette, les pensées de Burris se mettent en ordre et prennent une direction. Il se surprend à se rendre au comptoir des colis pour y déposer ses affaires. Il s’enfuit, tombe dans un quartier minable qui n’a rien de commun avec la qualité de vie qu’il a observé à Walden Two. Il se rend ensuite dans un parc. Sur un banc, le titre d’un journal retient son attention: dignité de l’homme. La dernière version d’un discours prononcé par le président de son université y resasse des clichés, rien là cependant pour savoir de quelle façon atteindre les souhaits évoqués.

Burris prend conscience qu’il se contente de la routine quotidienne et systémique du monde de l’enseignement dans laquelle il est prisonnier. Son travail ne s’inscrit pas dans une perspective et un programme de changement de la société. Il faudrait partir d’une nouvelle conception de l’homme qui repose sur des connaissances scientifiques, conduise à une philosophie de l’éducation davantage reliée à sa pratique, recourt à l’ingénierie pour combler son vide technologique. Rien de moins qu’un retour à Walden Two s’impose pour lui. La vu des souliers usés d’un vagabon allongé sur un banc lui inspire l’idée que le retour se fera à pieds, comme en une longue et dure marche d’expiation.

Il retourne à la station faire un baluchon d’un minimum d’affaires et mettre en consigne le reste. Castle ne l’a pas attendu trop pressé de retourner à sa vie académique. Il se sent léger. En se faisant rembourser son billet de retour, il aperçoit sur le comptoir une copy de Walden. Il l’achète pour 25 cents. Il envoie un télégramme dont le premier jet est limpide à son président pour lui signaler sa défection. Au départ, la température plutôt confortable et le trottoir ne constituent pas un décor particulièrement en rapport avec son projet héroïque de chasse au renforcement positif.

Soudain, il lui prend l’envie de relire le dernier paragraphe de Walden qu’il avait toujours vu comme une inperfection obscure et mystique. Il vient de trouver un sens à « le soleil n’est qu’une étoile du matin ».

Walden Two de B.F. Skinner, chapitre 34

8 septembre 2009 par Robert Lachance

Sur terre, un mouton ignorant expose une faiblesse de la punition comme méthode de contrôle.

En revenant du « Trône » Frazier et Burris assistent à un événement inusité. Un jeune mouton a franchi la corde d’encerclement du troupeau. Les moutons bèlent, le chien aboie et un homme crie de temps en temps. Des membres arrivent et encercle le troupeau. Le berger ramène la bête ignorante et tout rentre dans l’ordre.

Frazier tire partie de la situation pour exposer que la menace de douleur, le renforcement négatif, n’est pas une solution permanente de contrôle du comportement, une procédure de maintenance doit être ajoutée à l’apprentissage initial. la communauté ne peut pas contrôler ses moutons avec du renforcement positif parce qu’elle ne les garde pas pour leur bien mais pour le sien.

La situation du chien berger est différente. Le chien aime garder, c’est sa vie. La communauté lui fournit un abri, de la nourriture et la compagnie nécessaire à sa propagation. C’est une forme d’exploitation mutuellement profitable comme celui du chat et de l’homme avec les souris.

Castle se réjouit de l’incident, manifestement, et souligne à Frazier que son système a des failles. Celui-ci regarde Burris, hausse les épaules et s’éloigne sans dire un mot. Il a renforcé négativement son comportement de domination. Le coup a porté, Castle rougit et pour s’excuser auprès de Burris dit: « Je le pensais plus endurant… capable de prendre une farce, je ne comprend pas ». Burris ne rate pas sa chance de le renforcer positivement et lui répond avec satisfaction: « je suis surpris de vous entendre l’admettre ».

Walden Two de B.F. Skinner, chapitre 33

8 septembre 2009 par Robert Lachance

… bref, un peu comme Jésus, donner de sa vie pour sauver le monde et sans fausse modestie, rivaliser avec Dieu.

La deuxième partie de la conversation se passe à un endroit surnommé « Le Trône » au sommet de la carrière Stone Hill. On y accède d’abord par un sentier très utilisé, puis une pente abrupte, puis des buissons bas.

Après quelques minutes, les marcheurs atteignent et franchissent une clôture surmontée de barbelés. Ils se retrouvent soudainnement au sommet de la carrière avec vue sur tout Walden Two. Avec un petit téléscope, Frazier se paie un tour d’horizon et le rapporte à Burris. Il constate que tout va pour le mieux.

Satisfait, il s’étend sur le gazon en position de crucifixion. Burris devient mal à l’aise. Pour mettre les choses au clair, il lui demande carrément s’il se prend pour Dieu. Son interlocuteur admet une curieuse similarité, la différence serait à son avantage, les théologiens disent que les enfants de Dieu le désappointent toujours, ceux de Walden Two le désappointent lui moins fréquemment.

Le plan initial de la communauté voit à ce que ses membres soient en situation de vouloir faire précisément les choses qui sont les meilleures pour eux-mêmes et la communauté. Ainsi, leur comportement sont déterminés mais ils sont libres, rien ne les force. Les Waldenniens sont prédestinés mais libres, quelques experts en comportement des organismes, soumis aux mêmes règles et avantages qu’eux, déterminent leur sort commun. Frazier est un dictateur, à l’image de Dieu, Castle a raison dans un certain sens, et Dieu est en retard en gros entre autres en matière d’égalité.

Les propriétés compétitives de l’homme qui en ont fait un vainqueur, jusqu’à l’invention de la bombe atomique, ne conviennent plus pour la survie de l’humanité. Frazier emploie les siennes à combattre la compétitivité. Humblement, il affirme que personne n’est plus compétitif que lui à Walden Two sauf quand il s’agit d’observer son Code. En cours de recherche sur le comportement humain, la méthode qu’il a suivie a fait que son esprit compétitif s’est suicidé. La découverte du fait extraordinaire que pour survivre il ne faut pas s’obstiner à compétitionner plus qu’il faut est survenue en lui.

Dieu a certainement une longueur d’avance sur Frazier, celui-ci le reconnaît, ça le fâche, mais son plan à lui est plus explicite, il peut prétendre qu’il est plus ouvert à la discussion. Walden Two se situe plus dans l’esprit de la cosmogonie chrétienne (aimez-vous les uns les autres) que l’évolution du monde selon la science moderne, (la poche au plus fort). Burris trouve qu’il a un complexe de Dieu, pour utiliser un concept qu’il n’aime pas. Frazier admet qu’il aime jouer à  Dieu, pourquoi pas, Jésus a bien pensé qu’il était Dieu. Avec dévotion cependant, comme si Jésus était un collègue, qu’il admirerait pour une découverte technique. Frazier ne dit pas que sa réussite l’a aidé à comprendre les problèmes personnels d’un grand réformateur. Il éprouve une sympathie pour des faiblesses qui sont au delà des connaissances du professeur.

Frazier ferme le chapitre en chuchotant, en montrant du bras Walden Two: « Ce sont mes enfants, je les aime ». il ajoute: « Qu’est-ce que l’amour, sinon un autre nom pour le recours au renforcement positif. »

Walden Two de B.F. Skinner, chapitre 32

8 septembre 2009 par Robert Lachance

Frazier: faire son chemin dans l’oubli de soi, la science, un accomplissement, Walden Two, une ambition: créer le superorganisme pour la survie de l’humanité.

Jour quatre et dernier, Castle est content après avoir retrouver son monde à travers sa correction de travaux. Il fait ses valises dans la bonne humeur. Il cause boulot avec Burris en se rendant déjeuner. Ce n’est pas un deux de pique. Il est moins bon à l’écrit mais en débat, tant qu’il reste l’esprit ouvert il excelle, sauf qu’il se ferme parfois comme une moule quand l’incertitude, la tension devient trop forte. Il a fait un effort sérieux pour comprendre le point de vue de Frazier malgré l’écart d’intérêt et de connaissance mais quand la pression est devenue trop forte et que l’hypothèse du facisme lui est venue, il a rejeté tout doute et cimenté cette hypothèse.

Au déjeuner, Castle est aimable avec Mary et Steve même s’il les trouvent fous de rester à Walden Two. Il ne manifeste pas de joie en constatant que Barbara a été plus forte que Frazier concernant l’avenir de Rogers. Au Bureau de l’emploi on ne leur trouve pas de travail assez court pour ce qu’il doivent, on acquitte sans plus, leur journée est libre.

En sortant sur la pelouse, les visiteurs voient venir Frazier. Burris ne veut pas le voir, il est toujours indécis, mais impossible d’éviter. Celui-ci l’invite à partager son heure de labeur physique de la journée. Comment refuser. La tâche consiste à mettre de l’ordre dans un atelier, un travail qu’il a priorisé comme préférence. La bonne humeur de Frasier le rassure et il initie la conversation en lui disant qu’il l’envie pour le magnifique travail qu’il a réalisé en Walden Two, l’expérience ambitieuse qu’il a accompli, qu’il est un génie. Frazier proteste énergiquement. Quand Burris revient à Walden Two plutôt que sa personne, il avoue que c’est un accomplissement, plus grand que la fission de l’atome.

Frazier s’accorde la qualité d’avoir été obstiné dans la vie. Après avoir compris que la seule technique de contrôle qui marche est l’oubli de soi, les choses se sont mises à aller mieux pour lui. Il proteste énergiquement quand Burris dit qu’il a été un pionnier et qu’il a accompli le gros du travail. Une découverte règle un petit problème mais en soulève de plus difficiles. Walden Two et son expansion ne le préoccupe plus, son intérêt porte maintenant sur la potentialité de l’homme, sur la série de mouvement qui sauvera l’humanité. Il faut se mettre au travail si l’on veut survivre, faire du sur place signifie périr. La puissance technique dépasse de beaucoup l’avancement de la sagesse à s’en servir. L’humanité doit s’élever au niveau de sa puissance militaire et les points faibles sont les sciences de la culture et du comportement. Où est la sagesse dans l’éducation actuelle et dans la culture américaine ?

Pour développer cette science, il faut un laboratoire et Frazier croit que Walden Two est ce laboratoire. C’est ce qui l’intéresse au fond. Rendre les hommes heureux et les rendre productifs dans l’assurance que ce bonheur se poursuivra, pour rendre possible une authentique science du comportement. Il ne faut pas moins que ça comme laboratoire pour procéder à la fabrication de personnalités à partir de spécifications pour en arriver à une société sans échec, sans ennui, sans duplication d’efforts, à des enfants dont les talents naturels ou enseignés auront été cultivés dans des conditions optimales. Avec ces enfants, il sera possible de faire de meilleurs artisans, de meilleurs artistes, de meilleurs behavioristes, naturellement!

La capacité de travailler en groupe est un autre sujet sur lequel l’humanité sait très peu. Il y a des questions qui ne se résolvent pas par une seule personne. La science, la création littéraire, l’art, la musique en collectif existent déjà dans un contexte commercial mais comment mieux les produits créés seraient-ils s’ils étaient développés dans des conditions plus libres. Walden Two est en mesure de concevoir et de bâtir un superorganisme composé d’équipes d’artistes et de scientistes capable de produire aussi efficacement et en douceur que des équipes de football. La puissance d’une société est actuellement de l’ordre d’une fraction de un pourcent. Il y a du travail à faire.

Walden Two de B.F. Skinner, chapitre 31

8 septembre 2009 par Robert Lachance

Irréconciliables intérêts antagonistes entre le philosophe et l’organisateur.

Après le souper Frazier s’empare de Rogers pour l’entretien qu’on devine, les jeunes de la communauté s’occupent de leurs deux récents membres et de Barbara. Burris et Castle sortent fumer un cigare. Ce dernier est revenu du coup de théâtre de l’après-midi. Il n’en a pas saisi le sens réel aux yeux de Burris, pas plus que Frazier n’a réussi par sa démonstration à conclure élégamment sur la présence incompatible à la fois d’un despotisme théorique et d’une liberté de fait indéniable.

Castle continue de penser que Frazier est faciste, il a partiellement raison, les planificateurs et les gérants composent une élite, ils gouvernent, mais ils ne s’approprient pas une part plus grande que les membres de la richesse accumulée, ils n’ont pas recours à la force. Il aurait pu tenter de prêter attention, à titre de philosophe, à quelques beaux principes impliqués dans la conception et la création d’un gouvernement pour un peuple ou règnera la joie de vivre. Sa fixation pour la liberté l’en a empêché et son ignorance de l’ingénierie béhaviorale était prérequise. Les deux polémistes en sont restés à leurs lubies.

La fin de la soirée se poursuit à leur chambre d’invité. Il s’y trouve un haut-parleur qui diffuse de la musique enregistrée d’une station de radio. Assez de conversation pour aujourd’hui, Burris s’installe dans son lit de façon non équivoque pour se reposer et Castle sort de sa malette des copies à corriger. Plus difficile pour Burris de disposer de lui-même. Selon l’horaire prévu, il quittait Walden Two dans 16 ou 18 heures. Frazier depuis l’avait invité à rester, il était indécis. De façon similaire à Barbara pour Rogers, sa vie académique lui semblait aussi inévitable qu’insatisfaisante. Incapable de se détendre, après s’être brossé les dents et mis en pyjama, il se met à se réciter de la poésie et les premiers vers qui lui viennent concernent la pression du temps.

Walden Two de B.F. Skinner, chapitre 30

8 septembre 2009 par Robert Lachance

Coup d’oeil panoramique après la pluie et coup de théâtre.

Frazier et Burris en ont assez des généralités de Castle. Sans explication, Frazier se lève et invite ses deux visiteurs à sortir. Il les dirige vers les salles communes. la communauté reprend vie avec l’arrêt de la pluie. Quelques personnes revêtent des bottes, des jeunes qui ont affrontés la pluie enlèvent les leurs et les nettoient. Des salles communes proviennent des sons d’instruments, des bouts de conversations animées. Les salles de lecture ou de repos sont occupées et le paysage à travers les fenêtres est plus beau après la pluie, en partie à cause du travail de deux d’entre eux les jours précédents. Les enfants arrivent pour le souper du dimanche soir en groupe d’âge. Ils procèdent avec ordre au remplissage de leur plateau sans se quereller. De jeunes adultes dont des parents, à peine de 5 ans plus âgés que les plus vieux enfants les accompagnent comme travail ou par plaisir.

Le groupe quitte la salle de service et s’approche de l’Échelle. Après un regard à celle-ci vue d’en haut, Frazier les ramène à la Promenade d’où les trois pénètrent dans une salle de repos et voient par la fenêtre ici et là des groupes de personnes qui prennent de l’air frais. Soudain, Frazier se tourne vers Castle et lui dit: « Que disiez-vous concernant le despotisme ? » Castle rougit. Ses lèvres bougent mais aucun mot ne sort. Frazier part à rire fort, lui tape le dos puis se trouve un prétexte pour les quitter non sans leur avoir crié de la porte: « Souper à 19 heures. »

Walden Two de B.F. Skinner, chapitre 29

8 septembre 2009 par Robert Lachance

Sciences du comportement, liberté, démocratie, despotisme et communisme.

Il pleut sur Walden Two en ce dimanche après-midi et la marche au sommet de Stone Hill n’aura pas lieu. Pendant que Steve, Mary, Barbara et Rogers vont faire de la musique avec des membres de leur âge, Castle, Burris et Frazier se réunissent à sa chambre. Le premier a auparavant accusé Frazier d’être l’auteur de la pire machination diabolique jamais vue dans toute l’histoire de l’espèce humaine: moderne, méchanisée, managée, machiavélique et pourquoi pas méphistophélique; d’être l’artiste d’un art caché, celui de despote, en concevant et implantant un plan original déterministe.

Frazier admet qu’il est l’auteur et réalisateur du plan, à la manière d’un architecte mais d’un scientiste à long terme qui ne connaît pas à l’avance les conditions de son sujet mais qui sait comment il les abordera. L’intelligence y demeure continuellement nécessaire pour rechercher le bien de la société et le bien éventuel plutôt qu’immédiat de l’individu par expérimentation. Castle trouve l’aventure absurbe et à l’encontre de la liberté, Frazier, qu’il n’y a pas d’alternative quand on admet que la liberté est une illusion, ce que la science révèle au rythme de son évolution. Deux guerres, deux idéologies totalitaires, ont fait que le monde essaie de s’ajuster à une nouvelle conception de l’homme en relation aux hommes.

Les sciences du comportement montrent que l’homme n’est pas libre au sens où l’entendent bon nombre de philosophes. Ses technologies sont connues et utilisées depuis toujours par les charlatans, les démagogues, les vendeurs, les miliciens, les escrocs, les éducateurs, les prêtres, les psychothérapeutes, les politiciens, les publicistes. Le problème est qu’elles ne sont pas entre bonnes mains, elles sont utilisées pour l’agrandissement personnel dans un monde compétitif ou à des fins correctives futiles chez les psychologues et les éducateurs.

La probabilité d’un comportement peut être changé en jouant sur ce qui le suit. Certaines choses sont désirées, d’autres à éviter, d’autres indifférentes. Ainsi, en position de procurer les premières ou d’enlever les deuxièmes après son occurence, un agent peut changer sa probabilité ultérieure. Ceci donne lieu dans la société à une technologie behaviorale et culturelle fondée sur le renforcement positif. La punition est de moins en moins indiquée. Si elle est effective temporairement, à long terme elle ne marche pas longtemps sans un retour de la force ou de la menace de la force.

Les formes primitives de gouvernement sont fondées sur la punition, le plus fort s’impose par la force physique. Avec le passage au renforcement positif dans un monde compétitif, la récompense de l’un devient la punition de l’autre; dans une société de coopération, personne ne gagne au dépend de l’autre. Le changement de la concurrence à la coopération est difficile parce que les effets punitifs immédiats des conséquences surpassent l’avantage éventuel du renforcement positif. Il en va de même du principe d’aimer son ennemi ou de pardonner découvert sans doute accidentellement par Jésus. Le pardon supprime l’inconfort de la haine et finalement gagne le respect de l’agresseur.

Liberté. Sous renforcement positif, l ‘agent ne contrôle pas le comportement final mais l’inclinaison: les désirs, les motifs, les souhaits. Dans ce cas, la question de liberté ne se pose pas. La question de liberté se pose quand il y a restriction physique ou psychologique. C’est le contrôle par la force ou la menace de la force qui fait qu’on ne se sent pas libre, pas la simple présence de contrôle. Ce n’est pas la planification en soi qui enfreint la liberté mais la planification qui recourt à la force. Sous le principe de renforcement positif, en évitant l’usage de la force ou la menace de la force, la personne sous contrôle se sent libre.

Démocratie. En démocratie, présentée récemment comme étant le peuple souverain par droit de vote, l’électeur qui ne dispose que d’un vote n’a pas réellement de pouvoir. Il doit se joindre à un parti s’il veut gagner et le véritable gagnant est le parti, une élite de volontaires, nuance. Les partis sérieux sont tellement semblables qu’en pratique ça ne change pas grand chose à la conduite des affaires. Les électeurs sont une réserve d’énergie, non des souverains. En plus, les électeurs ne sont pas des gouverneurs habiles et ils le deviennent de moins en moins quand les affaires se compliquent, quand la science de la gouverne progresse. La chose que les électeurs savent et que l’on doit leur demander est leur appréciation de la situation dans laquelle ils se trouvent et peut-être comment ils aimeraient une autre situation. Le vote a une certaine valeur dans un village ou sur une question particulière, mais à l’échelle d’un état ou du pays, c’est une question de manipulation d’information, une fraude pieuse.

La démocratie est la semence du despotisme. C’est la dictature de la majorité, ce n’est pas la volonté des gens. Ce n’est qu’une garantie que la majorité ne sera pas gouvernée par un despote. La minorité sera gouvernée par un despote, la majorité. En démocratie, la majorité règle à sa satisfaction, la minorité encaisse. À Walden Two, une observation sérieuse de la satisfaction des gens est faite à chaque année. Il n’y a généralement pas de problème qui se règle d’une façon tout ou rien. Il est possible pour un gérant avec les planificateurs de trouver un compromis qui satisfera tout le monde. Il peut être attentif à l’insatisfaction et y voir de façon continue.

Le goût d’avoir droit de dire son mot dans la conduite de l’état est une affaire récente de la démocratie. Chacun qui sait lire ou écouter se croit un expert en gouvernance et désire se prononcer. Au début de l’automobile, chacun pouvait la réparer en cas de bris. Maintenant, on la confie à un spécialiste. À Walden, ce qui importe, c’est un quotidien dans la bonne humeur et un futur sécuritaire. Un manquement à cette condition soulève un électorat spontané et celui-ci du travail immédiatement pour les gérants et les planificateurs. S’il faut changer la constitution, ceux-ci s’en charge sans faire voter par les membres. C’est une question d’efficacité, de rapidité et de neutralité dans le traitement d’information ce en quoi le processus électoral n’est pas particulièrement fort.

Despotisme. Castle prétend qu’un des planificateurs ambitieux de pouvoir pourrait devenir despote puisque ceux-ci ne sont pas élus mais se sont portés volontaires et retenus entre eux pour 10 ans au début de la communauté. Prochainement, ils se choisiront des remplaçants entre eux. Il n’aurait qu’à se faire connaître pour leur CV, à se faire libérer des tâches courantes pour vaquer à des choses plus importantes, à se faire bâtir dans un coin particulier des terres en échange du même privilège pour les autres planificateurs et les gérants. Progressivement, une partie de plus en plus importante de la richesse commune leur serait allouée, sous prétexte de compétence supérieure, d’heures de travail plus longues, de réalisations exceptionnelles.

Frazier lui répond que c’est possible mais peu probable. En Indes, par exemple, les opprimés par une minorité de riches ne sont pas conscients de leur misère et de leur pauvreté et c’est comme ça depuis des siècles. Ce peuple n’est pas fort, productif, progressif. Sa culture sera remplacée par une plus efficiente. Les planificateurs savent qu’une usurpation de l’énergie commune par eux affaiblirait la communauté et pourrait même détruire toute cette belle aventure. Il ajoute en réponse au professeur que ce n’est pas plausible que les planificateurs sacrifient la communauté et se sauvent avec les fonds. Ces fonds ne sont pas très importants. La richesse de la communauté, c’est la joie de vivre quotidienne qui s’y trouve. En réponse à Castle, qui rapplique avec la question de l’usurpation de pouvoir, il affirme qu’il ne peut pas y avoir d’usurpation de pouvoir puisqu’il n’y a pas de pouvoir à usurper: pas de police, pas d’armée, pas d’armes. En terme de force pour une révolte, le peuple à Walden Two est souverain. Le pouvoir, c’est le recours à la force ou sa menace et ce n’est pas une valeur promue par sa culture renforcement positif orientée. Il n’est pas prouvé expérimentalement que l’homme doive dominer par nature. L’usurpation du pouvoir est une menace seulement dans une société compétitive. Plus la science de la gouvernance évolue, moins les planificateurs sont nécessaires. Un jour, il ne faudra que des gérants.

La démocratie n’est pas une garantie contre le despotisme, c’est juste une solution moins pire. Elle a vaincu à la deuxième guerre mondiale mais ça ne signifie pas que c’est la meilleure forme de gouvernement. Elle est fondée sur une conception erronnée de l’homme. Elle ne tient pas compte du fait qu’à long terme, l’homme est déterminé par l’état. Une philosophie de laissez-faire qui fait confiance en une inhérente bonté et sagesse de quiconque est imcompatible avec le fait observé que les hommes sont bons, mauvais, astucieux ou fous selon l’environnement dans lequel ils se sont développés. La question n’est pas qui de la société ou de l’homme est venu le premier, comme dans le cas de la poule et de l’oeuf, mais ce que nous pouvons faire à partir de maintenant, à partir du rêve d’une journée de quatre heures.

Communisme. L’impulsion humanitaire au début est un point commun entre le communisme et Walden Two. Par la suite, l’expérience menée en Russie se distingue par quatre faiblesses principales qui étaient dues au fait qu’elle était l’initiative du politique. La première fut que l’on expérimenta de moins en moins l’éducation des enfants, la formation des familles, l’abandon de la religion, la rémunération, en adoptant des pratiques propres aux sociétés capitalistes élaborées au fil des siècles. Un pouvoir politique ne peut expérimenter, il doit connaître la réponse. La Russie croit avoir atteint un sommet en développement culturel.

Deuxième chose, la Russie a surpropagandisé à l’intérieur du pays et à l’extérieur. Les Russes ne savent pas dans quelle mesure leur dynamisme est dû à une joie de vivre quotidienne satisfaisante ou à de l’endoctrination. Comme expédient temporaire, ça peut faire mais à la longue, c’est trompeur. L’endoctrination rend impossible le progrès vers une forme de société où elle n’est pas nécessaire.

Troisième, la Russie a eu recours aux héros. La première fonction du héros est de cimenter une structure gouvernementale défectueuse. Les décisions importantes ne relèvent pas d’un ensemble de principes, ce sont des actes liés à une personne. Gouverner devient un art et ça dure le temps de l’artiste.

Le pire des quatre faiblesses, c’est le pouvoir. On peut soutenir que la prise du pouvoir était nécessaire parce qu’il était détenu par des oppresseurs et des intolérants mais par la suite, il fallait passer à une culture où les gens veulent se comporter comme il faut le faire parce qu’ils acceptent de travailler pour leur bon mutuel. Pour parvenir au communisme, les Russes ont emprunté les techniques du capitalisme. D’un côté, ils ont mal géré les récompenses, de l’autre, ils ont conservé la punition ou sa menace.

Walden Two de B.F. Skinner, chapitre 28

8 septembre 2009 par Robert Lachance

Le vocabulaire de Castle, le charme étudié de Barbara et les deux intérieurs de Frazier.

Castle le philosophe n’est pas dans son élément à Walden Two. Les choses pratiques ne l’intéressent guère. Il se sent à son meilleur à la recherche de vérités fondamentales sur des questions d’ordre général plutôt que dans des processus précis: la dignité et l’intégrité de la personne, la démocratie, la liberté personnelle, la responsabilité plutôt que les réflexes conditionnés et des choses comme ça.

Au déjeuner, quand Frazier vient s’assoir près d’elle, Barbara touche à sa cravate avec familiarité. Elle lui reproche doucement d’être toujours à ses affaires et de ne pas prendre le temps de vivre, de toujours regarder les gens comme des objets d’étude. Elle déplore qu’on s’intéresse à elle que de cette façon. Frazier s’en défend maladroitement et la conversation s’enlise sur ce. Plus tard, alors qu’ils flânent devant des peintures, Burris entend Barbara demander à Frazier pourquoi il est toujours célibataire mais il retraite trop rapidement pour entendre la réponse.

Alors que le groupe se rend au théâtre pour assister au service du dimanche, Frazier entraîne le professeur à part. Ils se dirigent vers les chambres personnelles et leur conversation porte sur le charme de Barbara et l’attachement de Rogers pour elle. Arrivés aux chambres, Frazier s’arrête devant la sienne, ouvre et invite son compagnon à entrer. La chambre est un vrai fouilli. Frazier dit: « la chambre d’un homme est son château ». Ils s’intallent tant bien que mal à travers les ruines et continuent leur conversation. Frazier veut savoir si le professeur restera. Celui-ci n’a pas pris de décision. Il a des résistances et ce n’est pas le fait d’avoir à quitter sa vie académique. La perspective d’une vie complètement différente le fait hésiter.

Il pourrait y avoir une autre raison et Frazier demande à Burris si ce ne serait pas qu’il le déteste. Burris nie mais sans grande conviction. Frazier confesse qu’il est vaniteux, aggressif, sans manière, suffisant, insensible aux autres sinon d’une manière calculée, sans la chaleur personnelle et sans le naturel spécifiques aux Waldenniens. il s’estime le moins doué d’entre eux en matière de talent naturel pour la vie de communauté. Burris ne trouve rien à dire. Frazier scande; « je ne suis pas un produit de Walden Two! ». Il dit encore « Accordez-moi le crédit de ce que j’ai fait ou n’ai pas fait, mais ne me demandez pas la perfection ». Il termine en disant qu’il est un complet raté mais qu’il s’arrange avec ça. Walden Two n’est-il pas un réel succès, ses principes démontrés.